• Témoignage de Boutentrain-songé : 2ième partie

    Deuxième partie du témoignage de Boutentrain-songé

     

    Chose promise, chose dûe ! Je vous parle aujourd'hui, entre autres, de la période de rêve, qui a précédé mon hospitalisation.

     

    J'ai demandé à un ami de me reconduire à l'urgence de l'hôpital de Jonquière, car je trouvais anormal d'être si agité que je n'avais même pas le temps de boire, manger ou dormir (pendant 48hres). De même, il me semblait aberrant de me perdre dans ma propre ville. Quelle n'a pas été ma surprise d'obtenir rapidement mon congé de l'urgence : je n'avais apparemment  rien ! Me sentant très mal malgré tout, je n'ai pas osé utiliser mon auto pendant trois jours. À ma troisième visite à l'urgence (heureusement, j'ai persisté !), on m'a enfin transféré à l'institut psychiatrique Roland Saucier.

     

    Ce qui est enrageant dans cette histoire-là, c'est que j'aurais pu me suicider dans l'entre-temps par manque d'aide...alors que j'avais eu le bon sens d'en demander ! Mon rétablissement a peut-être été plus long, parce que le diagnostique et le traitement ont trop tardé. Un infirmier m'a confirmé qu'il arrivait effectivement que des gens se suicident en raison d'un diagnostique exagérément tardif. Il va sans dire que la qualité de vie de la personne s'en trouve également affectée :  un diagnostique précoce aurait expliqué bien des choses dans ma vie, entre autres pourquoi j'apprenais si facilement à l'école certains jours et pourquoi je me sentais si idiot à d'autres moments. Idiot, je ne l'étais pourtant pas : une maladie rongeait mes facultés... Ce terme, bipolaire, à lui seul expliquait mes malaises intérieurs et de mes idéations suicidaires, même si je n'avais pas vécu de traumatismes expliquant mon état mental. 

     

    A l'époque, je buvais...et beaucoup, à part ça. On appelle cela la comorbidité : c'est présence d'un ou de plusieurs troubles associés à un trouble ou une maladie  (l'alcoolisme et le trouble bipolaire, dans mon cas). J'étais donc alcoolique, ce qui, on me l'a expliqué, nuisait à mon rétablissement. A ma sortie de l'hôpital psychiatrique j'ai, dans un premier temps, fêté mon diagnostique dans les bars. Mais il m'est vite apparu que si je voulais me rétablir, je devrais cesser la boisson, ce que j'ai fait.

     

    Loin de me laisser tomber parce que j'avais cessé de boire, ou en raison de ma maladie, mes chums m'ont soutenu, se sont souciés de m'amener faire des activités etc. Pourtant, à l'époque, je n'étais pas nécessairement de bonne compagnie : une petite marche de 10 minutes m'en prenait plutôt 1h15. D'ailleurs, certaines personnes me disaient que j'écoutais trop ma dépression, ce qui me blessait et me fâchait. Si ces individus avaient adopté l'attitude de mes amis et m'avaient incité à faire de l'exercice, celà aurait été tellement plus constructif ! Ces mêmes personnes avaient aussi tendance à me demander si j'avais pris mes médicaments. Sincèrement, je préfèrerais que tous ceux qui agissent ainsi se mêlent de ce qui les regardent, car je suis assez responsable pour prendre correctement ma médication ; mon rétablissement le prouve... De ce côté-là, j'ai justement une méthode infaillible : toujours prendre la médication à la même heure ; ça aide à garder une humeur stable, tout en empêchant les oublis.

     

    L'ADMD (Association des Maniaco-dépressifs), m'a beaucoup épaulé. D'ailleurs, ils m'ont donné de nombreux trucs, dont celui que je viens de mentionner. Leurs stratégies anti-insomnie sont également devenues miennes : de la musique douce au coucher, une petite marche un minimum de 2hres avant de se mettre au lit, sinon ça excite. Les gens de l'ADMD sont en mesure de me comprendre et de m'aider, ayant sensiblement le même vécu que moi. En ce qui concerne Monsieur Madame Tout le Monde, c'est vraiment autre chose... Beaucoup de gens auraient intérêt à travailler leurs préjugés en se renseignant sur ma maladie.

     

    Beaucoup croient encore que la vie se termine avec le diagnostique de trouble bipolaire. Je dirais plutôt qu'elle commence! Mais ceci, vous sera expliqué dans la troisième partie de mon témoignage.


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